Binta Kaké : D’attaché de presse à… Créatrice de Mode luxe et Ecrivaine

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis d’origine Guinéenne, je suis née et j’ai grandi en France. Mon père est arrivé à la période de l’indépendance, et ma mère, un peu plus tard dans les années 70. Ils se sont rencontrés à Paris. Je suis le pur jus de cette génération Française qui est à cheval entre deux cultures. J’ai grandi à Paris, j’ai été scolarisée dans des écoles privées catholiques à une époque où il n’y avait quasiment pas de personnes noires dans ces établissements mais je ne me suis jamais sentie marginalisée. Ça montre aussi l’ouverture d’esprit de mes parents qui sont de confession musulmane.
A la maison, l’ambiance était tout de même imprégnée de la culture Guinéenne, on parlait le Peulh, la langue maternelle de ma mère, c’est d’ailleurs comme ça que je l’ai appris.

Quel a été le déclic pour passer à l’entrepreunariat ?

Nous sommes restés près de 5 ans àNew-York. Lorsque qu’une opportunité de poste s’est présentée au Nigeria, nous avons fait le pari de prendre ce risque. Nous avons pu ainsi découvrir de plus près le monde créatif et textile sur le continent, évaluer le marché de la mode et concrétiser les fondements
de la marque.

Qu’est-ce-qui fait la spécificité de vos créations ?

Nos créations sont directement inspirées du Bogolan, très présent au Mali. C’est un art textile traditionnel qui remonte à plus de 400 ans. Nous avons visité des coopératives de bogolan à Ségou pour nous imprégner de son histoire, de sa symbolique mais aussi de sa dimension éco-responsable dans le processus de fabrication.
Notre imprimé-signature est donc unique, entièrement conçu selon notre esthétique, il reprend des symboles qui existent dans l’art du bogolan, nous les avons juste modernisés afin de les rendre plus accessibles et universels.
Nos matières sont sourcées avec soin auprès de fournisseurs certifiés et soucieux du développement durable qui proposent des tissus de qualité supérieure, ce qui par ricochet garanti notre identité éco-responsable.

Pouvez-vous nous définir ce qu’est le luxe ? Il y a-t-il vraiment un marché du luxe en Afrique : c’est un mythe ou une réalité ?

Le luxe c’est avant tout une expérience. Que ça soit nos campagnes publicitaires, nos réseaux sociaux, notre site ou l’accueil lors de ventes organisées, nous ne laissons rien au hasard. La/le client(e) SEKBI doit se sentir privilégié(e) et se laisser embarquer dans notre univers.

Comment avez-vous trouvé vos premiers clients ?

Nous avons eu la chance d’avoir le soutien de notre réseau, incluant la famille et les proches, tout s’est fait naturellement. Cela dit, les réseaux sociaux sont le vecteur principal pour trouver nos clients, c’est pourquoi nous sommes très actifs et stratégiques dans notre communication.
Nous organisons aussi des ventes au sein de nos points de vente afin que nos clients établis et potentiels puissent venir toucher et essayer les vêtements mais aussi comprendre la marque et la vision. Nous sommes actuellement vendus chez VIVA Boutique à Accra au Ghana où nous organisons régulièrement des évènements.

Comment vous est venue l’envie d’écrire ?

L’écriture a toujours été omniprésente dans ma vie. J’ai tenu des l’enfance des journaux intimes et plus tard des carnets. L’écriture m’a très vite permis de coucher sur le papier mes états d’âmes, mes émotions… J’ai aussi toujours aimé imaginer des histoires, des scénarios avec des personnages, je pouvais passer des heures à rêvasser.

Avec le recul, je crois que mon parcours d’écrivain a commencé là.

Mon père, qui nous a quitté, était journaliste, historien spécialisé sur l’Afrique et écrivain. Il était très influent dans son domaine et animait une émission sur RFI (Radio France International). Et je dois dire que par son aura, je sacralisais beaucoup la profession d’écrivain.
J’ai longtemps perçu l’écriture comme étant réservée à une élite qui avait fait de hautes études littéraires. Je n’avais pas, non plus, de femmes noires auxquelles m’identifier : l’univers de la littérature c’était surtout l’apanage des hommes, en général blancs relativement âgés. C’est beaucoup plus tard que j’ai heureusement découvert des écrivaines comme Chimamanda Ngozi
Adichie, Toni Morrison, Maya Angelou ou encore Maryse Condé.

Comment vous est venue l’idée de l’histoire de votre premier livre?

J’ai commencé la rédaction de L’AUTRE quelques mois après la naissance de mon deuxième enfant en 2018. J’avais déjà fait des tentatives de manuscrits mais sans succès. C’est la première fois que je tenais une histoire de A àZ et que je visualisais parfaitement les personnages, l’intrigue, son déroulement…
Je l’ai écrit en à peine deux mois et il m’a fallu quelques mois de plus pour faire toutes les corrections et les réécritures. Ce livre est le premier d’une série de cinq (je pense à le condenser pour sortir trois volets).

Que pensez-vous du rapport que les femmes noires ont à l’écriture ? Pourquoi avez-vous choisi le genre érotique ?

J’aime l’idée d’écrire pour créer un monde parallèle et de transporter les lecteurs, j’aime provoquer aussi. On ne s’autorise pas à explorer certaines sphères. Il faut que ça change !
A l’avenir j’ai envie d’encourager les écrivaines en herbe, surtout les femmes noires, à écrire leurs propres histoires. Je n’exclus personne mais je sais que, nous les femmes noires en avons vraiment besoin. Récemment, une jeune auteure m’a fait part de son texte qu’elle a voulu que je lise après avoir écouté mon entretien pour AfroLivresque.

Pouvez-vous nous décrire votre semaine : comment conciliez-vous vos 2 activités ?

Ca dépend des périodes. Mais ces derniers temps, l’écriture représente en général 70 % de mon activité.
Il y a aussi des périodes pendant lesquelles SEKBI prend le dessus.
Pendant le confinement par exemple, je me suis pas mal occupée de la communication sur les réseaux sociaux de la marque. J’ai pu me consacrer en majeure partie à l’écriture et, j’ai écrit mon premier roman en anglais ce qui m’a demandé un effort considérable : c’était un défi que je tenais à relever !

Quel est votre prochain projet d’écriture ?

J’en ai deux ! Ceux-là seront complètement différents, cette fois-ci ça ne sera pas de l’érotisme, comme quoi je ne fais pas que de l’érotisme (rires). Je suis sur mon roman écrit en anglais en ce moment, relatant les aventures d’une jeune journaliste Afroparisienne qui rêve de devenir une auteure reconnue et qui cherche en parallèle à se trouver tout en vivant une vie amoureuse riche en émotions.
Pour le deuxième projet, il s’agit d’une fiction inspirée de la vie de mon père, parti de pas grand-chose et qui a réalisé son rêve d’écrire et de redonner à l’histoire de l’Afrique, ses lettres de noblesse.
Je pense que la jeunesse a besoin de lire des histoires d’héros noirs contemporains auxquels elle peut s’identifier. Ce projet d’écriture me tient beaucoup à cœur et j’espère pouvoir m’y consacrer pleinement l’année prochaine.

Avez-vous des petits rituels d’écriture ?

Comme j’ai des jeunes enfants, ce n’est pas toujours évident. Je suis le conseil de la célèbre écrivaine Américaine Virginia Woolf qui dit qu’une femme écrivaine doit ‘avoir une chambre à soi’.
J’ai la chance d’habiter dans une maison, je m’installe dans ma chambre juste en face de la fenêtre qui fait face à des arbres. J’ai toujours mon verre d’eau ou mon petit café, j’essaie de prendre quelques minutes pour marquer un moment de coupure et faire le calme. Avec un peu de chance, si les enfants ne rentrent pas dans la chambre, je peux écrire une heure d’un trait sans même m’en rendre compte.
C’est le rituel le plus important pour moi : me retrouver dans une pièce face à moi-même pour écrire.

Que retenir du parcours de Binta ?

- Si vous avez plusieurs passions, que vous êtes slasheuse, vous ne rentrez pas dans une case ! Il y a autant de parcours que de personnes, il ne tient qu’à vous de déterminer le vôtre.
- Prenez le temps nécessaire à la construction de votre projet, ne vous précipitez pas.
- Soyez vous-même, détachez-vous du regard des autres. Plus vous ferez ce travail d’acceptation de cette nouvelle vous, plus les autres vont transitionner eux aussi et accepter ce changement.
- Aucun rêve n’est trop grand ! Binta a eu l’audace de réaliser un projet ambitieux et de passer du rêve à la réalité, comme peu d’entrepreneuses osent le faire. Une femme qui nous rappelle que nous pouvons, nous aussi, décrocher les étoiles.

Ou là trouver ?

--

--

Devenez Coach, faîtes de votre appel d’âme un métier qui transforme le monde

Love podcasts or audiobooks? Learn on the go with our new app.

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store
OH MY FLOW

OH MY FLOW

35 Followers

Devenez Coach, faîtes de votre appel d’âme un métier qui transforme le monde